Marion Roche, créateur du projet de sculpture en impression 4D, est attribué au Prix MAIF pour la sculpture 2021. Son projet est un défi autant technique que philosophique. Il utilise de résine polymère électroactive pour pouvoir mettre en forme les rêves. Reproduit la cartographie de l’activité électrique du cerveau.
L’artiste et chercheuse Marion Roche a été félicitée pour être le gagnant du prix MAIF, pour Roche, également du prix, a été donné matériel pour suivre avec son art et, aussi l’ont donné accompagnement financier. Pour elle, son projet va pouvoir se réaliser. Elle aime particulièrement ce projet, c’est pourquoi elle est très reconnaissante.
Ce projet a été pensé concrètement pour le Prix MAIF. Par contre, travailler avec une équipe de scientifiques, c’est quelque chose que je faisais déjà auparavant. Grâce à ce prix je peux mettre en place des collaborations que je n’aurais pas pu organiser autrement.
J’ai travaillé avec une équipe de neuro-scientistes pour réaliser ce projet qui nécessite aussi de grandes connaissances scientifiques. Ce sont majoritairement des personnes que j’ai connues et que j’ai fréquentées par le biais d’amis qui sont eux-mêmes neuroscientifiques. Pour le contact avec ceux qui vont s’occuper de l’impression 4D, j’avais déjà travaillé avec eux sur un autre projet ; de fil en aiguille j’ai réussi à construire un réseau. J’ai eu de la chance de tomber sur des gens très enthousiastes et qui ont été très motivés dès le début par le projet. C’est aussi une collaboration qui va dans les deux sens ; s’ils me permettent de développer mon projet esthétique, c’est aussi pour eux l’occasion de développer des choses qu’ils n’ont jamais faites, et qu’ils vont peut-être pouvoir utiliser après. La 4D, pour le moment, est utilisé dans le domaine médical, pour étudier notamment l’activité cardiaque, donc c’est une vraie opportunité dans leurs recherches et va pouvoir être utile dans leurs prochains travaux.
Cette sculpture se concentre sur l’activité électrique qui est dans notre cerveau ; ces courants électriques le parcourent, et les EEG viennent récupérer cette activité électrique. Alors, pendant notre sommeil, les neuroscientifiques peuvent parvenir à déterminer la phase dans laquelle nous rêvons. Nous avons réussi à déterminer une sorte de cartographie électrique, avec des signaux, et nous allons pouvoir savoir quand les rêves ont lieu ; chaque forme représente un moment de rêve. Toutes ces formes de visualisations de données sont des interprétations ; que ce soit dans la science ou dans d’autres approches, il y a en effet toujours un être humain qui donne un certain jeu de données et oriente ainsi la décision.
Je vais vous parler des matériaux et de la concrétisation de mon projet. L’impression 4D va permettre d’adapter le mouvement à la forme, tout ça grâce à l’utilisation de résine polymère électroactive qui réagit à une variable extérieure (la lumière, la chaleur ou l’hydratation) ; nous avons choisi de travailler sur l’hydratation. En fonction de son hydratation, la sculpture va ainsi capter l’eau, et, le matériau va gonfler et en même temps créer du mouvement au sein de la structure; et de même lorsqu’il se déshydrate, il reprend sa forme initiale. On a quelque chose de très organique, de très naturel. Il faudra, quand l’œuvre sera exposée, qu’elle soit arrosée tous les jours pour que le matériau soit activé.
Mon art consiste à faire voir des choses invisibles pour le cerveau humain ; par exemple le rêve est quelque chose de très intime, qu’on ne peut pas partager, qui est en nous, enfoui dans les mécanismes de notre cerveau mais qui, aussi, nous reste très opaque et mystérieux. C’est un mystère que les scientifiques n’arrivent pas à éclaircir ; c’est la collaboration entre l’art et la science qui permet des dialogues nouveaux et très variés. En soit, la science est une interprétation de la réalité tout autant que l’art en est une autre interprétation ; je veux explorer dans cette œuvre la croisée des deux mondes. Aussi, j’ai conçu cette sculpture sur des mouvements assez longs dans le temps, qui se feront sur quelques heures. Je me suis inspirée de ces matériaux amorphes, fluides, déformés dans le temps et les mouvements qui ne nous sont pas visibles.
Née en 1990, Marion Roche est directrice artistique du studio LTBL de Lyon, ainsi qu’enseignante et doctorante en philosophie-esthétique à l’Université Jean Moulin Lyon 3, en co-direction avec l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon et le laboratoire ACTH.
Camille Bois Martin, “Interview avec Marion Roche, gagnante du Prix MAIF pour la sculpture 2021”, Toute la culture, Culture[article], publié 26 mars 2021. Disponible sur: